ADRASEC et résilience numérique, et demain ?

ADRASEC et résilience numérique, et demain ?

Un poste radio, une antenne et une batterie : la base reste familière aux radioamateurs. Autour de cette station, les outils ont changé. L’ordinateur prépare les messages, la cartographie affiche les positions, un logiciel transmet les données.

La radio reste présente, mais elle s’inscrit désormais dans une chaîne où l’informatique occupe une place croissante.

Cette évolution apporte des possibilités. Elle oblige aussi à regarder de près les nouvelles dépendances. Si la carte n’est accessible qu’en ligne, si une application exige une authentification distante ou si une configuration disparaît avec un ordinateur, le moyen de secours peut perdre une partie de son utilité au moment où il devient nécessaire.

Pour les ADRASEC, la question de demain n’est donc pas seulement celle des équipements à acquérir. C’est celle des capacités à conserver lorsque les conditions se dégradent.

Une mission de transmission, pas un réseau télécom de remplacement

Les associations départementales de radioamateurs au service de la sécurité civile apportent des moyens de transmission dans le cadre des missions qui leur sont confiées. La FNRASEC présente notamment leur concours comme un renforcement des liaisons des secours publics.

Il ne s’agit pas de remplacer tous les services d’un opérateur ni de fournir une connexion à chacun. Une liaison opérationnelle répond à un besoin identifié : transmettre une demande, un compte rendu ou une consigne entre des interlocuteurs désignés.

Lors d’une audition à l’Assemblée nationale en novembre 2023, le président de la FNRASEC a décrit l’acheminement de transmissions officielles en cas d’effondrement des communications, « dans la mesure du possible ». La précision compte : les moyens associatifs ont leurs contraintes de disponibilité, de déploiement et d’exploitation : assemblee-nationale

L’avenir doit se réfléchir à partir de cette mission. Un nouvel outil mérite sa place s’il facilite un échange utile et si les équipes peuvent réellement le mettre en œuvre. Et lorsque je parle d’équipe, je veux dire les équipes susceptibles de travailler ensemble, y compris lors d’un renfort entre départements .

Le numérique : un outil à préparer aussi pour la panne

Opposer radio et numérique ne mène pas très loin. Le sujet est plutôt de savoir quelles fonctions restent disponibles lorsque certaines ressources disparaissent.

Une préparation pourrait commencer par quelques questions simples :

  • Les cartes nécessaires sont-elles présentes sur l’ordinateur ou chargées à la demande ?
  • Le logiciel démarre-t-il sans connexion à Internet ?
  • Les fichiers et configurations existent-ils sur un autre support ?
  • Le correspondant sait-il recevoir et exploiter le message transmis ?
  • L’équipe dispose-t-elle d’une procédure si l’ordinateur devient inutilisable ?

Ce contrôle évite de confondre une démonstration réussie dans un local connecté avec une capacité utilisable par tous sur le terrain.

La résilience se joue dans la chaîne complète : opérateur, équipement, alimentation, logiciel, liaison et destinataire. Le message doit arriver, puis être compris et pris en compte.

Les réseaux modernes : une fragilité structurelle

Les réseaux de télécommunication disposent de mécanismes de protection et de secours. Leur disponibilité reste néanmoins dépendante de l’alimentation électrique, des liaisons de collecte et du fonctionnement des équipements qui composent la chaîne.. Les stations de base 4G/5G ont une autonomie batterie de quelques heures en cas de coupure secteur et souvent moins en pratique sur les sites non critiques. Une cyberattaque peut aussi rendre indisponibles certains équipements ou outils d’exploitation. Ses conséquences dépendent du périmètre touché et des moyens de repli disponibles. Le pire serait que l’ensemble d’une zone géographique bascule dans le silence.

A lire pour aller plus loin : Question n°4356 : Accès aux services de téléphonie d’urgence en cas de délestages électriques – Assemblée nationale

Cybersécurité et communications d’urgence : le lien évident

Une cyberattaque de type ransomware sur un SDIS ou une Préfecture ne bloque pas seulement les fichiers, elle peut paralyser les outils de coordination des secours. Dans ce contexte, disposer d’un réseau de communication indépendant des systèmes numériques interconnectés n’est pas un luxe. C’est une exigence de continuité opérationnelle.

Les outils en complément aux ADRASEC

Les moyens radio ne travaillent plus seuls. Pour suivre les équipes et les véhicules, les ADRASEC peuvent s’appuyer sur l’APRS : une position GPS est transmise par radio. La cartographie numérique permet de visualiser les moyens engagés, de préparer une zone de recherche et de recouper les relèvements de radiogoniométrie.

Les transmissions de données complètent la phonie : FLdigi , MULTIPSK , SSTV, WINLINK… pour envoyer des informations. Les réseaux numériques peuvent aussi servir de moyens complémentaires ; ils ne remplacent pas les liaisons radio autonomes nécessaires sur le terrain.

Les logiciels et matériels employés dépendent de l’ADRASEC, de la mission et des consignes du poste de commandement. L’outil n’est utile que s’il reste exploitable hors connexion internet avec une alimentation autonome.

Notre passion nous pousse à créer et à expérimenter, qu’il s’agisse de matériels ou de logiciels. Cette richesse doit s’accompagner d’une exigence : conserver un socle commun de moyens et de procédures, connus et maîtrisés par les équipes susceptibles d’être engagées.

🛠️Une innovation devient une capacité opérationnelle lorsqu’elle est documentée, transmissible et utilisable sans dépendre de son seul concepteur.

Quelques scénarios concrets de rupture

Scénario Impact réseau Rôle ADRASEC
Blackout électrique prolongé Dégradation ou interruption du réseau selon l’autonomie des sites et des équipements de collecte. Déploiement HF/VHF autonome selon les moyens disponibles et les conditions d’engagement
Cyberattaque opérateur télécom Infrastructure inaccessible Réseau radio indépendant de l’IP
Inondation / isolement géographique Antennes relais hors service VHF mobile + liaison HF vers PC départemental
PCA Préfecture Indisponibilité du site ou des outils numériques de coordination. Outils coordination bloqués Appui aux transmissions entre les points désignés, selon les consignes des autorités.

Vers une doctrine évolutive

Les ADRASEC sont à la croisée de deux mondes : la tradition radioamateur analogique et les nouvelles technologies numériques de résilience allant jusqu’au liaisons satellitaires d’urgence.

L’avenir des ADRASEC ne consiste pas à choisir entre radio traditionnelle et outils numériques. Il consiste à faire évoluer les moyens sans perdre la capacité à transmettre lorsque les conditions se dégradent.

Chaque nouvel outil devrait être évalué avec les mêmes questions : répond-il à un besoin de mission ? Fonctionne-t-il sans les services dont on cherche à pallier l’absence ? Peut-il être utilisé par une autre équipe ? Existe-t-il une solution de repli ?

Expérimenter reste une richesse du radioamateurisme. Pour les communications de sécurité civile, cette expérimentation doit déboucher sur des moyens documentés, partagés et éprouvés. Le meilleur équipement n’est pas seulement celui qui fonctionne : c’est celui que l’équipe suivante saura mettre en œuvre.

Petite précision, tout le contenu de cette série de page Adrasec n’engage évidemment que moi.

Ressources pour aller plus loin

👉 Relire depuis le début : Qu’est-ce que l’ADRASEC ?

F4ASJ

Radioamateur

Publié le — mis à jour le

Les commentaires sont clos.